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Magie et prophétie dans la mythologie grecque : Hécate, Circé, Médée et les grands devins

La mythologie grecque regorge de figures fascinantes liées à la magie, aux sortilèges et à la divination. Protectrice des magiciennes et magiciens, enchanteresse redoutable ou devin capable de lire l'avenir dans le vol des oiseaux, ces personnages ont façonné l’imaginaire. Plongez au cœur des mythes d'Hécate, déesse des passages et des arts occultes ; de Circé, magicienne des métamorphoses ; de Médée, amante éconduite aux pouvoirs redoutables ; et de Mélampous, premier devin et guérisseur mortel de la mythologie grecque. Découvrez leurs histoires, leurs dons et leur héritage.


Hécate, déesse du changement et de la magie

Hécate au Musée Chiaramonti- Sculpture romaine d'après un original hellénistique.

Déesse aux trois corps de la clairvoyance

Déesse aux trois corps et aux trois visages, présentant les différentes voies à emprunter, Hécate est la déesse qui relie et organise les passages, passage du ventre de la mère à la naissance, passage du monde des vivants au mondes des morts, passage du jour à la nuit et de la nuit au jour, ainsi que des différentes périodes de l’année, mais aussi les passages d’un lieu à un autre. Elle accompagne la transition, le voyage, le renouveau, oriente dans l’obscurité, octroie la clarté d’esprit et l’intuition, et donne la force, le courage et l’énergie de surmonter les changements et de faire des choix. C’est ainsi qu’Hécate est la protectrice des portes, des carrefours et des routes, où lui étaient érigées de nombreuses statuettes.

Déesse protectrice des arts occultes

Sa subtile connaissance de ce qui relie les choses entre elles en fait la déesse des royaumes invisibles, de la magie et des sortilèges. Elle maîtrises les arts et connaissances occultes tel que l’utilisation des plantes médicinales et vénéneuses. Elle accompagne et protège magiciennes et enchanteurs qui pratiquent les arts de la magie et renforce leurs pouvoirs, les carrefours étant particulièrement propices aux pratiques ésotériques. Hékatéion - Statuette de l'Attique à l'effigie d'Hécate avec ses trois corps, IIIe siècle av JC.

Hécate, la déesse chtonienne qui guide les âmes

En tant que déesse chtonienne et psychopompe qui guide les âmes vers les mondes sous-terrains, elle représente la nouvelle lune et symbolise la mort, veillant sur les tombes et les cimetières, dans lesquelles elle rôde précédée de hurlements de chiens, apparaissant sous la forme d’un spectre ou d’animal, prenant la forme d’une chienne, d’une louve ou d’une jument. On l’identifie même à Perséphone en en faisant la divinité des Enfers, crachant des flammes de sa bouche.

Les repas d’Hécate et les offrandes animales

On lui réalisait des offrandes de nourriture pour ses repas, mais aussi des sacrifices d’animaux : chattes et agneaux noirs, chiens et chevreaux.


Circé la magicienne, maîtresse des métamorphoses

Peinture de Circé sur lécythe, du peintre d'Athéna, trouvé à Eretrie vers 490-480 av. J.-C. Exoisé au Musée national archéologique d'Athènes.

Les pouvoirs de Circé

Par la puissance de sa magie, Circé a d’abord été estimée au rang de déesse, pour être finalement considérée comme magicienne et enchanteresse. Elle manie particulièrement les arts des drogues, des poisons et de la métamorphose en plus d’user d’ensorcellement à l’aide de sa voix envoûtante. On lui attribue également des potions de métamorphose en monstres marins.

Circé, fille du dieu Hélios et de l’océanide Perséis

Elle est la fille d’Hélios, le dieu du soleil, et de la nymphe Océanide Perséis, ayant eu trois autres enfants enfants : Eétès, le roi de Colchide, Perès, le roi de Tauride, et Pasiphaé, épouse du roi de Minos et mère du Minotaure.

Le récit de Circé et Ulysse

On la connaît principalement pour avoir attiré l’équipage d’Ulysse jusqu’à son palais par le charme de sa voix. Elle empoisonnera une partie d’entre eux à l’aide d’un breuvage et d’une incantation pour les transformer en porcs. Ulysse, étant informé de la situation, partira à sa recherche, et croisera la route du dieu Hermès lui donnant les instructions pour vaincre la magicienne. Le héro résistera alors à la métamorphose et à l’envoûtement, la faisant jurer par un serment de ne pas lui faire le moindre mal, et s’unira à elle. Elle rendra alors à l’équipage sa forme initiale, et séjournera avec eux toute une année durant. Circé et Ulysse eurent plusieurs enfants, notamment les héros Télégonos, Latinus ainsi que Cassiphoné.


Médée, le coeur d'une magicienne incomprise, entre l'amour et la haine

Peinture Médée sur son char de feu tiré par des serpents, de Policoro au Cleveland Museum of Art.

Médée, fille de l’océanide Idye et du roi de Colchide Eétès, et petite-fille du dieu Hélios

Le personnage de Médée, que l’on dépeint comme conduisant un char de feu tiré par des serpents, se situe tout comme Circé - sa tante paternelle - entre la divinité et la femme magicienne, du fait d’être la fille de la nymphe océanide Idyie. Son père, Éétès, est le roi de Colchide, et elle a également pour frère cadet le dénommé Absyrte.

Médée et Jason : le début d’une longue histoire d’amour et d’épreuves

L’histoire de Médée débute lorsque Jason arrive pour récupérer la Toison d’or auprès d’Eétès. Cette Toison sensé lui permettre de récupérer le trône de Iolcos, usurpé par son oncle Pélia. Mais le roi de Colchide, ne souhaitant en aucun cas lui remettre, tentera de l’envoyer à la mort lors d’impossibles épreuves. Médée, rencontrant Jason, tombe amoureuse du héros, et lui propose ses pouvoirs de magiciennes pour l’aider à triompher. Médée et Jason sur un sarcophage romain de la fin du IIe siècle après JC.

Les pouvoirs de Médée au secours de Jason, la Toison d’Or et la fuite de la Colchide

Jason s’éprend lui aussi d’amour pour elle, et lui propose de l’emmener à Iolcos et de l’épouser une fois la Toison d’or récupérée. C’est ainsi que Médée l’aide dans ses épreuves : elle lui confectionne une pommade pour le rendre invincible auprès des taureaux qu’il doit dompter, et lui octroie une pierre de confusion amenant les soldats qu’il doit vaincre à s’entre-tuer.

Le père de Médée lui refusant malgré tout la Toison d’or, Jason s’en empare et fuit la Colchide avec les Argonautes et Médée. Eétès lance sa flotte à leur poursuite, mais l’équipage parvient à les semer et regagne enfin Iolcos.

Certain récits racontent l’enlèvement d’Absyrte par sa sœur Médée au moment de leur fuite, et du sacrifice de ce dernier, découpé en morceaux jetés à la mer afin de ralentir les navires, son père cherchant à récupérer les différentes parties du corps de son fils. Médée, copie d'un relief, vers 420 av. J.C., collection des Antiquités de Berlin.

Les subterfuges magiques de Médée pour vaincre le roi Pélias

Une fois arrivés à Ioclos, Jason découvre que tous les membres de sa famille ont été tués par Pélias, l’oncle de Jason. Il demande alors à Médée de l’aider à se venger. Celle-ci se fait passer pour une envoyée de la déesse Artémis auprès des quatre filles de Pélias et leur promet une nouvelle jeunesse pour leur père. Afin de leur prouver ses pouvoirs, la magicienne fait bouillir dans l’eau d’un chaudron quelques herbes magiques, et y fait apporter un vieux bélier qu’elle découpe en morceaux et plonge dans la marmite. Un jeune agneau en surgira alors, le vieux bélier ayant retrouvé sa jeunesse. Les quatre filles de Pélias sont subjuguées et s’empresseront de récupérer les herbes magiques, reproduisant le rituel sur leur père. Mais ce dernier ne reviendra pas à la vie, et les quatre filles finirent maudites par les Érinyes, déesses de la vengeance, pour leur parricide.

Certaines versions racontent que les filles de Pélias dénoncent Médée, et qu’elle et Jason sont bannis d’Iolcos par Acaste, le fils de Pélias, les deux amoureux se rendant à Corinthe.
D’autres versions érigent Médée en reine de Iolcos avec Jason, ces derniers étant appelés à par Eétés, père de Médée et roi de Colchide, mais aussi roi de Corinthe, à gouverner la ville à sa place.

Dans tous les cas, Médée et Jason décident de s’installer à Corinthe durant plusieurs années, où ils donnent naissance notamment aux héros Merméros - qui affrontera plus tard les centaures - et Phérès. Médée attristée sur le point de perdre ses enfants, fresque du peintre grec Timomaque de Byzance entre 62 et 79 après J.C., Musée National Archéologique de Naples.

Médée et Jason à Corinthe : les fatalités de l’amour et de la gloire

On raconte également que Jason serait tombé amoureux de Créuse, la fille de Créon, autre potentiel roi de Corinthe, et aurait répudié Médée afin d’épouser sa nouvelle compagne, ce qui aura amené Médée à être chassée de la ville avec ses deux enfants. Dans cette histoire, on ne sait si c’est pour se venger ou pour d’autres ambitions que la magicienne commettra le meurtre de Créuse en lui offrant une tunique magique. Lorsque Créuse revêtira la tunique, elle s’enflammera et brûlera à mort, emportant le palais avec elle. Menacée de mort par les Corinthiens pour son crime, Médée se réfugiera alors à Athènes.

Durant cette périodes, on raconte différentes histoires sur la possible mort des enfants de Médée et Jason, toujours aux extrêmes de l’amour et de la haine.
Si certaines parlent d’infanticides de la part de Médée afin de se venger de Jason qui l’aurait quitté pour Créuse, d’autres corrèlent ces décès à un infructueux sortilège lancé par Médée dans le but d’offrir l’immortalité à ses enfants, alors accidentellement mort, et entraînant sa séparation avec Jason.
Des versions plus neutres décrivent le meurtre du roi Créon par Médée, aboutissant à la tuerie des deux enfants par les partisans du roi, ou encore le soulèvement du peuple contre la domination d’une reine étrangère et magicienne, se terminant par le massacre de ses enfants.

Les dernières péripéties de Médée, une fin emprunte de mystères

Sarcophage de Médée, 140 avant J.C., musée Altes à Berlin. Alors rentrée à Athènes, Médée rencontrera Egée, le roi, qu’elle tentera d’ensorceler afin de lui faire empoisonner son héritier, une tentative infructueuse qui l’amènera à quitter la cité.

On ne sait si elle retournera en Colchide, aider son père à récupérer le trône qu’il aura perdu, si elle finira sa vie sur le plateau iranien auprès du peuple des Aryens, ou encore si elle se rendra en Phénicie pour finir en Asie et épouser un illustre roi. Elle aura un fils, Médos, de lignée royale, mais dont on ne sait si le père était Jason, Egée ou encore un roi asiatique.

On mentionne parfois la magicienne comme ayant été suffisamment bienveillante pour avoir été accueillie aux Champs Elysées ou aux Iles des Bienheureux après sa mort, devenant l’épouse d’Achille.


Mélampous, premier divin et guérisseur mortel

Calcédoine sculptée du 1er siècle avant J.C, les Proétides guéries par le devin Mélampous.

Les pouvoirs de Mélampous et l’apprentissage de la divination

Mélampous est le premier devin mortel dans la mythologie grecque, qui donnera naissance à toute une lignée d’autres devins reconnus.

Son don pour la prophétie lui vient avant tout de la nature et des animaux : il offrit un rite d’adieu à un couple de serpents tués par des hommes, avant de recueillir et prendre soin de leurs serpenteaux. Durant son sommeil, pour le remercier, les serpenteaux vinrent jusqu’à ses oreilles pour les purifier de leur langue. C’est à partir de ce jour que Mélampous put comprendre le langage des oiseaux, et de tous les animaux en général, le chant des oiseaux lui révélant l’avenir. Appolon enrichira ses dons en lui apprenant également à lire l’avenir dans les entrailles des animaux.

En plus de ses talents de devin, Mélampous est aussi connu pour avoir été le premier humain à posséder des dons de guérisseur.

Origines de Mélampous et descendance d’illustres devins

Mélampous est le cousin de Jason, fils d’Amythaon – le frère d’Eson le père de Jason – et d’Idoménée, mais aussi le frère de Biais et d’Eolia. Son nom signifiant « pieds noirs » lui vient de la couleur de ses pieds, brunis par le soleil à sa naissance.

Il sera chargé de répandre le culte de Dionysos en Grèce, lui étant enseigné par Cadmos.

Il aura pour fils Antiphatès, Mantios et Pronoé, mais aussi le devin Théodamas. Il sera le premier ancêtre de la lignée de devins que l’on nomment les Mélampodides.

De prisonnier à conseiller royal

Le frère de Mélampous, Bias, pour parvenir à épouser Péro, la fille de Nélée, roi de Pylos, demanda à son frère de l’aider à ramener le troupeau de sa mère détenu à Phylace, sous la protection d’un chien puissant.

Mélampous s’exécuta, sachant par avance son sort. Découvert puis emprisonné toute une année durant, il impressionna le roi de Phylacé, Phylacos, en prédisant que sa cellule s’effondrerait bientôt, comme le lui avaient chuchoté les insectes se nourrissant du plafond.

Mélampous, l’hamadryade, et la guérison du prince

Il fut alors libéré, et Phylacos l’interrogea sur l’impossibilité de son fils Iphiclos à avoir des enfants. Mélampous promit de l'aider en échange du troupeau qu’il était venu récupérer pour son frère.

Mélampous usa de ses dons, sacrifiant deux taureaux pour y lire dans leurs entrailles, tandis que les vautours venant s’en rassasier lui chuchotèrent le passé : durant un festin, le jeune prince ou son père aurait frappé un chêne d’un couteau qui s’y coincera, blessant une hamadryade qui l’eût puni en le maudissant.

Mélampous alla retrouver l’hamadryade qui lui indiqua comment guérir le jeune homme : il lui fallait retirer le couteau toujours coincé sous l’écorce de l’arbre, le faire bouillir dans de l’eau, pour enfin faire boire l’infusion au prince durant 10 jours.

Le guérisseur suivit les directives de la nymphe, et Iphiclos put avoir un enfant avec son épouse quelques temps plus tard.

Il revint à Pylos avec le troupeau que lui avait demandé son frère Bias. On ne sait si c’est Bias ou Mélampous qui put avoir finalement la main de la princesse Péro, qui mourra quelques temps après.

Mélampous, le guérisseur de tout un royaume

A Tyrinthe, le roi Protéos avait trois filles : Lysippé, Iphino et Iphianassa, qui furent frappées de maladie de peau et de folie furieuse pour hybris – attitudes excessives et immorales – envers les dieux en dédaignant les rituels dionysiaques. Ayant eu vent du guérisseur Mélampous, le roi le demanda pour venir en aide à ses filles qui étaient condamnées à errer en Argolide, en Ancarie et au Péloponnèse.

Mélampous accepta, à condition de recevoir deux tiers du royaume : l’un pour lui, et l’autre pour son frère. La folie commençant à se répandre à d’autres femmes qui se comportaient comme des vaches et tuaient leurs enfants, Proétos fut forcé d’accepter pour sauver son royaume.

Le guérisseur se mit alors en route : il alla trouver les trois filles de Proétos, qui arpentaient les montagnes, et les poursuivit en dansant et en criant à la façon du culte de Dionysos. La fille aînée, Iphinoé, mourut, mais les deux autres sœurs furent purifiées et guéries, épousant Melampous et son frère Bias comme le roi leur avait promis.


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